Le diagnostic

Grâce au diagnostic, les personnes touchées par la Microdélétion 22q11.2  peuvent comprendre à quoi sont dues les anomalies qui les affectent et connaître les prises en charge adaptées à leur situation. Toutefois le diagnostic est difficile à faire, les anomalies répertoriées étant très nombreuses en fonction de l’âge et de chaque personne. Heureusement, personne ne présente toutes ces anomalies.

Les manifestations de la Microdélétion 22q11.2

Le diagnostic clinique de la Microdélétion 22q11.2 peut être suspecté à partir de certaines observations :

  • des anomalies fréquentes chez la majorité des personnes touchées : le cœur, le palais, le réflexe de succion, les difficultés d’apprentissage, la baisse des défenses immunitaires, et l’hypocalcémie ;
  • des traits psychologiques semblables : ils sont timides, un peu distants, sensibles, vulnérables ;
  • une dysmorphie faciale : on constate chez les personnes atteintes, la présence de traits physiques particuliers, une bouche petite, des yeux en amande, le menton en arrière, une racine du nez longue et parfois élargie, des oreilles petites et mal ourlées.

Le test génétique

Quand un diagnostic de Microdélétion 22q11.2 est suspecté par le médecin de famille, un pédiatre ou un autre spécialiste, il est fondamental de consulter un généticien pour qu’une évaluation soit faite. On ne peut pas annoncer à une famille que l’enfant est porteur du syndrome uniquement sur la base de l’observation de facteurs cliniques.
Un test génétique, à partir d’une prise de sang, doit confirmer le diagnostic clinique

Bon à savoir

Le sang prélevé est analysé dans un laboratoire par des cytogénéticiens. Lorsque l’on recherche une Microdélétion 22q11.2, un caryotype standard ne peut pas déceler la perte d’un segment aussi petit. Le cytogénéticien dispose de techniques d’analyse moléculaire dont la méthode FISH (Hybridation in situ en fluorescence) qui reste la technique de référence. Des sondes moléculaires marquées par un produit fluorescent vont aller se fixer sur la zone 11 du chromosome 22. Si cette zone est délétée c’est-à-dire absente, la sonde ne pourra pas se fixer, le chromosome reste alors dans l’obscurité.  (voir figure 4).
A l’heure actuelle, on utilise de plus en plus souvent la technique de « Puce à ADN », qui met en évidence des anomalies beaucoup plus fines que le caryotype standard et permet de faire le diagnostic de microdélétion 22q11.2.

Diagnostic le test FISH

fish

Figure : Test FISH, deux marqueurs FISH pour le diagnostic.

À gauche : les 2 chromosomes 22 sont normaux.
À droite : le chromosome 22 situé en haut ne fixe pas la sonde rouge :
cette personne a une Microdélétion 22q11.2.

Si une délétion dans la région 22q11.2 n’est pas mise en évidence bien que des signes cliniques soient pourtant présents, alors il faut rechercher une autre anomalie génétique ou une altération plus fine d’un gène de la région. Il faut aussi savoir qu’un certain pourcentage de patients ayant des signes convaincants n’a pas la Microdélétion 22q11.2, d’autres syndromes peuvent être confondus avec celle-ci.

Quand établir le diagnostic ?

Le diagnostic initial de la Microdélétion 22q11.2 peut être posé  à différents âges, cela dépend du type d’anomalies en présence et du médecin qui suit le patient, service hospitalier, médecin de ville, pédiatre, ORL, pédopsychiatre, généraliste, psychiatre.

Le Diagnostic Prénatal (DPN)

Un diagnostic prénatal peut être réalisé pendant la grossesse :

  • si le fœtus présente des anomalies qui font penser à ce diagnostic (malformations cardiaques, rénales ou thymiques),
  • pour une grossesse qui suit la naissance d’un enfant atteint de microdélétion de novo,
  • si l’un des deux parents est porteur lui-même de la délétion.

Ce diagnostic consiste à déterminer si le fœtus est porteur de la Microdélétion 22q11.2.

Plusieurs méthodes existent : l’amniocentèse, la choriocentèse, la surveillance échographique (Voir chapitres malformations cardiaques et rénales).
Pour estimer la gravité de l’atteinte du foetus, on peut utiliser l’échographie qui permet de dépister les malformations, en particulier cardiaques.
Il est cependant très difficile d’obtenir des informations sur l’étendue des  symptômes tels que l’insuffisance vélopharyngée, la fente palatine ou l’atteinte cognitive.
Si le diagnostic est confirmé il est possible d’avoir recours à une IMG  (Interruption Médicale de Grossesse) sans limitation du nombre de semaines d’aménorrhée ou envisager une intervention chirurgicale du bébé après la naissance.

À la naissance

Lors d’une hospitalisation de l’enfant pour une anomalie du cœur, lorsque le niveau de calcium ou de certaines hormones comme la parathormone est faible, si l’on constate des anomalies immunologiques spécifiques (déficience des lymphocytes T), une fente palatine, des cordes vocales soudées ou des problèmes alimentaires tels que la défaillance du réflexe de succion, le médecin peut penser à une Microdélétion 22q11.2.

Chez l’enfant

Les enfants en âge d’aller à l’école peuvent être testés s’ils ont une voix nasonnée (causée par une insuffisance vélopharyngée), une hypocalcémie, des difficultés d’apprentissages ou des difficultés cognitives (attention, mémorisation).

À l’âge adulte

Il peut arriver que les adultes soient diagnostiqués à la suite du diagnostic de leur enfant ou parce qu’’ils développent des troubles psychotiques ou une hypocalcémie et que l’on se rappelle d’indices diagnostiqués pendant leur enfance.

Le bilan médical

Le généticien, lorsqu’il annonce le diagnostic de la Microdélétion 22q11.2 doit envisager un bilan médical approfondi.
Les examens systématiques suivants sont prescrits :

  • une échographie cardiaque et rénale,
  • un bilan sanguin (contrôle thyroïdien et immunitaire),
  • un examen NFS (plaquettes),
  • une analyse des urines (rapport Calcium / créatinine).

Des examens complémentaires peuvent être demandés en fonction du phénotype individuel, chaque personne atteinte par le syndrome de la Microdélétion 22q11.2 étant touchée de manière différente.

Les signes et les symptômes

Selon les résultats de nombreuses études réalisées sur le syndrome, il existe plus de 200 signes et symptômes de la Microdélétion 22q11.2. Une liste non exhaustive est disponible sur le site : www.connect22.ch

Voici la liste des anomalies et symptômes les plus fréquents :

  • anomalies ORL et palais (95%),
  • difficultés d’apprentissage/intellectuelles (95%),
  • problèmes alimentaires  (80%),
  • malformations cardiaques (75%),
  • hypotonie musculaire (75%),
  • hypocalcémie transitoire (60%),
  • déficit immunitaire (60%),
  • scolioses (45%),
  • anomalies des voies urinaires  (40%),
  • problèmes psychiques et psychiatriques (30% à 50%),
  • anomalies dentaires (40%),
  • personnes de petite taille (30%).

D’autres malformations concernent :
le squelette polydactylie, pieds bots;
l’appareil digestif constipation, malrotation du tube digestif.

La prise en charge est donc multidisciplinaire. C’est une équipe qui se constitue autour de l’enfant pour lui permettre le meilleur développement possible : les parents, le pédiatre, l’ORL, le cardiologue, l’orthopédiste, l’orthophoniste, les enseignants, le psychologue, le psychiatre etc. Il faut envisager des prises en charge précoces, mais aussi qui soient suivies et à long terme.
L’évolution du syndrome est en grande partie conditionnée par la nature des malformations congénitales et la santé psychique.